Et si c'était vrai...
Et si c’était vrai ? C’est la réflexion que je me fais chaque fois que je trouve une info un peu loufoque dans le journal. Deux ou trois jours après vient le démenti mais, parfois, le plus improbable s’avère : un mouton à cinq pattes, huit bébés d’un coup, une pluie de coccinelles, que sais-je encore ?
Ce jour-là, calme plat du côté des faits divers. Pas d’extrapolation non plus du côté des bavardages de Gertrude, elle est en vacances. Dommage, elle me donne souvent matière à réflexion, ou à rêverie, c’est selon. Encore que ces jours-ci ne se prêtaient pas beaucoup au délire. Depuis hier, sur la place, les manèges tournaient et leur musique me hérissait.
Et puis je me suis mise à observer les chevaux qui montaient et descendaient sans broncher, la voiture de pompiers qui suivait sagement la calèche sans chercher à la dépasser, l’avion qui ne volait guère plus haut que le cou de la girafe, et ces adorables petits cochons au derrière rebondi, queue en tire-bouchon, qui supportaient sans mot dire une selle bleue ou rouge.
Et si c’était vrai que, la nuit, lorsque s’éteignent les lampions, que s’arrêtent les limonaires, les objets prennent vie ? Alors on pourrait voir la vie en rose, rose comme les fesses de ces porcelets qui fileraient sur l’avenue, ouvrant la voie à une cavalcade de destriers blancs et empanachés, poursuivis par la voiture rouge à la cloche frénétique. J’aimerais connaître un tel instant de folie, quand, l’espace de quelques heures, l’irrationnel est au pouvoir. Mais toujours les choses s’animent sans que personne ne les voit, c’est du moins ainsi que cela se raconte, et c’est pour çà que personne n’y croit, ou alors joue les blasés en ricanant « Ça arrivera quand les poules auront des dents ! »