Carnaval
J’aurais pu me déguiser en courant d’air ! Ni vue, ni connue, j’aurais pu rentrer tranquillement chez moi et déguster une verveine bien parfumée, sans sucre, en finissant mon bouquin.
Mais voilà, je me suis inscrite, sans doute un jour de déprime, au club des retraités. Et dans toute la ville il n’y a pas plus joyeux lurons que ces retraités. De thés dansants en tombolas pour la bonne cause, ils sont partants pour faire la fête. Et quand la municipalité a fait part de son intention d’organiser un concours de chars sur le thème des fleurs, le troisième âge s’est senti reverdir : le club allait composer le plus beau bouquet de l’histoire carnavalesque de la commune !
Voilà pourquoi, après mûres réflexions, j’ai opté pour l’anémone violette, au cœur de velours noir, comme le loup qui n’empêchera pas les plus perspicaces de me reconnaître. Ça vaut toujours mieux que Victor, le fringant mimosa, qui se trémousse pour agiter les dizaines de pompons jaunes pendus à sa combinaison verte. Ou que Marie-Charlotte qui, autant par snobisme que par fainéantise, a refusé de venir fabriquer son costume pendant nos réunions. Elle a loué une tenue de bouquetière et trône, au milieu de notre ridicule parterre, en exhibant un décolleté audacieux sur son énorme poitrine flasque comprimée dans un corset, un ruban bleu autour du cou, qui disparaît dans ses bourrelets…
Aujourd’hui, les fleurs n’ont aucun état d’âme !
La fée des Anémones de Cicely Mary Barker in "Le jardin féerique"