Eté
Cette fois-ci, c’est décidé : je ne mettrai plus de robe ! Pas pratique du tout… Ni pour grimper aux arbres, ni pour faire de la bicyclette, ni pour enjamber les barrières dans les champs ! Il y a dans le garage un vieux pantalon de toile bleue que grand-père enfile quand il jardine. Il fera l’affaire ! Bien sûr, il est bien trop grand et trop large pour moi… Il doit bien y avoir une ficelle qui traîne sur la table qui sert d’établi ? Oui… Voilà… Et en roulant le bas des jambes, ce sera parfait. Je dois avoir l’air d’un épouvantail ! Pourvu que Youki, le chien du voisin, me reconnaisse ! Sa vue commence à baisser, et son nez ne va pas comprendre cet étrange mélange d’odeur de chocolat, qui est la mienne, et de tabac à pipe, qui est le parfum de Papy. Il va falloir que je courre très vite en passant devant chez lui ! Pourvu que le tissu roulé ne dégouline pas sur mes bottes, et que je ne me prenne pas les pieds dedans ! J’imagine le tableau ! Youki n’a plus que quelques dents, mais elles sont encore suffisamment pointues pour me pincer les fesses !
Ouf ! Ca y est ! Je suis passée. Le pauvre chien, accablé de chaleur, dormait sous un banc. Ses pattes s’agitaient dans son sommeil. Il coursait peut-être le chat de Mamy qui le nargue si souvent du haut du mur de séparation… Il ne peut pas le voir en peinture ! Mais le matou n’en a cure. Il est bien plus leste que cette boule de poils informe.
Au bout du petit chemin envahi d’herbes et de ronces, qu’on suit à la seule trace que la brouette de grand-père a laissé dans ses allées-venues au fil des années, il y a un pré, avec un grand marronnier. C’est là que j’ai installé une balançoire, avec un vieux pneu au bout d’une grosse corde. Mais surtout, il y a des buissons de mûres sauvages, de celles qui font tout bleu autour de la bouche et sur le bout des doigts. Après mon passage, il n’en reste jamais, ne serait-ce qu’un fond de panier, pour faire une tarte !